2

Itinéraire Guyane 1 mois entre mer et forêt

Pour ce voyage, je suis parti seul pendant 1 mois en Guyane. Je voyage en sac à dos et je conçois mes voyages en évitant les touristes en groupes et les circuits organisés. J’avise un peu au jour le jour (=> avantages de la surprise de ce que l’on trouve, ou pas …) Je prends les moyens de transport bon marché, y compris le stop. J’aime dormir sous tente, hamac et un peu d’hôtel, assez spartiate…

Un des buts de ce voyage était de découvrir une des dernières forêts primaires de la planète et de rencontrer les peuples autochtones ; Ils sont encore au nombre de 6, avec 5 langues encore pratiquées…

Camopi

Quand partir/ point météo: 1 mois de mi-janvier à mi-février 2017.

Il y a 4 saisons en Guyane qui se distinguent par la pluviométrie plus que par la température. La durée du jour, elle, ne change jamais si près de l’équateur.

  • la petite saison des pluies : de mi-novembre à février (j’y étais)
  • la petite saison sèche : mars.

Mon budget: De 50 à 100 euros par jour. Hébergement : mix entre Hôtels peu chers (à partir 50 euros) et Carbet (abri de bois sans mur typique des cultures amérindiennes, de 10 à 20 euros la nuit si l’on a son hamac et sa moustiquaire).

Déplacement : la voiture est presque(*) indispensable on peut louer à partir de 15 euros à Cayenne et à St Laurent, et nettement plus cher si l’on va vers des sociétés type Europcar. Pour 20 euros/jour, je choisis une vieille Clio, mais avec clim quand même. NB: Il y a des bus mais ils ne permettent d’aller que vers les centres ville.

(*)Rem : je dis : « la voiture est presque indispensable «  car on pourrait s’en passer si on fait par ex. l’itinéraire suivant : Cayenne/Saül/Maripasoula/St Laurent du Maroni/Paramaribo/st Laurent/Cayenne, que j’ai fait en 2010 en utilisant avion + pirogue + taxi collectif.

NB: Pirogue : location possible. Vélos: J’ai vu de rares vélocipédistes sur VTT…

P1050613

Pour info: Vol Orly/Cayenne variable selon la période. Il y a des promos fréquentes avec 2 compagnies. J’ai payé quant à moi : 495 euros A/R. Peu cher. Aller de jour & retour de nuit (donc un peu fatigantes ces 9 heures)

Niveau de baroude : Intermédiaire à condition de ne pas s’aventurer en forêt hors sentier balisé, ou sans guide. Se lancer seul ou à plusieurs personnes non capables de survivre en forêt, (donc hors chemin balisé) devient carrément dangereux : on est sûr de se perdre et trouver sa nourriture est extrêmement difficile en forêt pour un Métropolitain. Il faudra se contenter d’insectes le plus souvent. Il faut accepter de dormir en carbets, de manger des plats chauffés sur gaz-camping, ou froids de temps à autre sur cet itinéraire. On peut aussi tendre son hamac entre 2 arbres, avec une bonne moustiquaire fermée à 360°, aux extrémités bien serrées sur les cordes tenant le hamac, dans un coin tranquille, et si l’on a un tarp (=bâche ou taud), ça le fait très bien aussi à la place du carbet!

Quelques indications pour les balades en forêt:

  • Il ne faut pas craindre de se mouiller les pieds, les criques (petites rivières et ruisseaux) étant absolument partout.
  • Des moustiques, il y a en a mais pas tant que ça (pas beaucoup plus qu’à Combrit en septembre le soir dans le fond de mon jardin) et leur nombre varie selon l’endroit et la saison. De toutes les façons, il est nécessaire d’avoir avec soi des aérosols répulsifs & il vaut mieux avoir des vêtements manches longues pour les soirées.
  • Les jaguars : n’attaquent jamais l’Homme, mais il est conseillé de ne pas s’interposer entre une femelle et son petit. Normal…
  • Les serpents : il y aurait eu 5 morts en 7 ans par morsure. Alors qu’en métropole, c’est 5 morts par an par piqûres de guêpes/frelons/abeilles.
  • Les scorpions : certains, pas tous, ont une piqûre très douloureuse. Les décès sont rarissimes et toucheraient surtout les enfants.
  • Les scolopendres : piqûre très douloureuse mais pas mortelle.
  • Les araignées : beaucoup moins dangereuses ou douloureuses que ce qui précède. Une mygale Therafosa Blondi, c’est surtout impressionnant par ses 30 cm d’envergure…
  • P1030207

Moyens de transport: 

Voiture, Pirogue, canoë, Avion, Stop, Marche

NB: Pour mon itinéraire et mes étapes, je me suis inspiré du très bon guide nature de P. Boré.

 La feuille de route

[table id=70 /]


Etape 1 : Cayenne : Melting-pot urbain & périurbain. Chaleur, bruits, verdure, soleil, bidonvilles, La Crique dite « Chicago » ou village chinois. Cayenne mérite qu’on y passe 1 ou 2 jours.

Cayenne

Cayenne

Hébergement : hélas pas de carbets où l’on pourrait poser son hamac à Cayenne. Et les hôtels restent bien chers : le Ket Taï, étant le moins cher que j’ai trouvé propose des chambres, modestes, pour 1 personne à 50 euros (quand même).

Le vieux Cayenne peut être fait à pied. Toutes les maisons ne sont pas belles, mais de vieilles maisons créoles ont été rénovées (& d’autres qui mériteraient de l’être). De même, des bâtiments administratifs anciens du côté de la place des Palmistes valent la peine. Mais c’est quand même moins beau globalement que Paramaribo. Il y a un joli parc botanique à la périphérie.

Un marché exotique et coloré où l’on peut manger des soupes chinoises à 5/6 euros, des vestiges peu nombreux des 1ères occupations (fortifications du 17ème), des musées… Le bord de mer est joli avec la place des Amandiers.

Il y a un fort chômage en Guyane, beaucoup de pauvreté, d’immigration souvent clandestine, de drogue (le Krak qui fait des ravages), environnementaux (orpaillage, substances relâchées par les fusées); ces problèmes sociaux n’épargnent pas Cayenne. Comme dans beaucoup de villes, il y a des quartiers à éviter dès la tombée de la nuit, et, y aller à plusieurs c’est encore mieux. La Crique (dite « Chicago » ou le « village chinois » en est l’exemple)

Population : Créole surtout et autres. Il y a une forte immigration, en bonne part clandestine avec des brésiliens, des surinamais, des Haïtiens, etc.…au total 30 nationalités. En banlieue, j’ai vu des bidonvilles.

Beaucoup de petites épiceries, toutes chinoises. Mais je dois aller dans une armurerie pour trouver un Opinel. Les boutiques pour touristes sont à éviter parce qu’elles vendent des mygales et des papillons (morphos surtout) qui deviennent du coup plus rares dans la nature. On ne trouve quasiment plus de mygales (Therafosa Blondi ou Leblondi) de 30 cm d’envergure, les plus grosses ne dépassent plus guère 20 cm. Heureusement, d’autres vendent du véritable artisanat qui profite aux populations (ex Gadepam, La Chrysalide…)

Etape 1b : environs de Cayenne. Il y a des balades à faire dans la périphérie, distantes de 10/15 km environ elles nécessitent donc souvent un véhicule. Parmi les layons balisés (un layon est un sentier), j’en fais deux : le Mont Rorota (où je vois un paresseux à 3 doigts me montrant son derrière pendant une heure, sans bouger) et le très beau sentier de Lamirande.

Balade aux alentours de Cayenne

Balade aux alentours de Cayenne

Les métropolitains résident dans la belle banlieue Rémire-Montjoly.

Balade aux alentours de Cayenne

Balade aux alentours de Cayenne

Etape 2 : de Roura vers Kaw

2A Roura : à 27 km de Cayenne, on peut y passer un petit moment pour voir l’église de 1848, l’architecture est assez typique de ce genre de construction ici. Aussi, quelques jolies maisons de style créole autour. Rem : si, par « Créoles », on entend aujourd’hui les métisses descendants d’Africains/Blancs, autrefois, il s’agissait des Blancs possesseurs coloniaux.

Sur un plan pratique, il y a pas mal de solutions de logement-carbet aux alentours, un DAB et 2 épiceries.

2B Cascade Fourgassier : 13 km après Roura, la balade est courte (2 h tout compris en musardant). Je longe une crique (= petit cours d’eau) et ses cascades dans une atmosphère saturée d’humidité. La végétation est luxuriante avec beaucoup d’épiphytes sur les troncs. Le sentier est aménagé mais ponts et escaliers sont écrasés par de récentes chutes d’arbres (très fréquentes en forêt amazonienne) ? Il me faut faire pas mal d’acrobaties pour passer. Sportif.

Un peu plus loin sont des embarcadères d’où partent les enfants du village amérindien pour l’école de Roura. Des jouets y sont cloués aux arbres. Ce village amérindien (des Pahikwaneh ou Palikur) est curieusement désert quand j’y passe, sauf un chien qui se met à aboyer au bout d’un ¼ d’heure… Drôle d’atmosphère.

Des abattis (= jardins potagers et vergers) sont cependant bien entretenus et défrichés. Et c’est la saison des mangues dont je ferai une indigestion tant elles sont nombreuses…

2C Sentier trésor : une belle balade botanique où des panneaux décrivent les arbres. Pour les amateurs, mais le décor végétal est beau de toute façon. A un moment un déluge équatorial s’abat et mon poncho est le bien venu.

2D Layon coq-de-roche : à 33km de Roura, le site est connu et aménagé pour les quelques visiteurs, je serai seul ce jour-ci. Ici, je cherche un oiseau magique, et je vais le trouver ! Magique parce qu’il est somptueux et rare. Le nombre de sites où on peut le voir est limité : de l’ordre d’une douzaine pour cet endémique du plateau des Guyanes.

Après 10 mn de marche, j’arrive au site de parade nuptiale (= lek) les amours ont lieu à l’automne. Les mâles font leur parade, se précipitant quand une femelle arrive. Elle choisira (comme d’habitude!). La femelle signifie son choix à l’élu mâle en allant lui tirer une plume. Romantique. En principe, fin janvier l’époque est finie, mais je verrai quand même ces magnifiques mâles orange vif.

Un peu plus bas se trouvent les falaises caverneuses où nichent les oiselles. S’il y a des poussins, ils sont invisibles dans l’obscurité de leurs vastes grottes. Je reste immobile et silencieux quelques minutes et j’ai l’émotion de voir quelques femelles curieuses, à l’œil inquisiteur, venir me dévisager à une dizaine de mètres. Elles sont très belles quoique moins colorées que les mâles.

Mon appareil photo n’est pourvu que d’un objectif 14-150 et comme je l’ai acheté juste avant, je maitrise mal la mise au point manuelle : j’aurai du mal à éviter un peu de flou. Dommage. Je resterai une heure à les admirer.

Je dormirai à Camp Caïman dans mon hamac, les fesses à distance prudente d’une improbable morsure de caïman et sous un toit où se baladent des Iules géants, nullement dangereux, à l’inverse des scolopendres. Le gigantisme est une caractéristique d’une partie de la faune équatoriale: insectes, reptiles (un anaconda atteint les 8 mètres), araignées, certains mammifères comme le cabiai. Par ailleurs, on ne trouve pas d’animaux sauvages de la taille des « big five » africains, comparables donc à des lions, rhinos, éléphants, buffles, seuls les jaguars dépassent un peu en taille les léopards, pas d’hippos non plus en Guyane.

A camp caïman

2E Montagne de l’habitation Favard : juste avant l’embarcadère pour le village de Kaw, se trouve un cimetière perdu dans les hautes herbes. De là part un layon (= chemin) qui passe près d’un ancien moulin (de roucou) pour arriver à une roche gravée amérindienne. Le long du layon, je vois des massifs de bambous géants, toujours signe d’occupation ancienne, des briques éparses. Les gravures ne sont pas datables et difficile à interpréter.

P1020065

En Guyane, partout il y a des traces d’occupation de peuples autochtones (c.-à-d. amérindiens) souvent non datables. Si les polissoirs sont très fréquents au bord des criques ou des fleuves, les pierres gravées sont beaucoup plus rares. Celle-ci fait environ 2*2m et est recouverte de multiples dessins entremêlés dont quelques uns seulement sont compréhensibles pour le profane que je suis : je vois un serpent stylisé par exemple. Selon mon livre guide, il y aurait une forme humaine en haut à droite.

Un amérindien que je prends en stop me dit qu’avant la colonisation, il y avait une trentaine de peuples autochtones différents pour une population totale égale à celle d’aujourd’hui (soit plus de 300 000 habitants). Exagère-t-il un peu ? Toujours est-il qu’aujourd’hui, ils sont « à peu près » 10000… (Les recensements ethniques sont interdits en France). Les maladies apportées par les colons, l’esclavage ont fait leur travail mortifère… Il faut savoir qu’avant les bateaux négriers venus d’Afrique, les amérindiens ont été utilisés comme esclaves, y compris par les Jésuites de 1668 à 1763 !

La vie animale est ici comme ailleurs omniprésente. Je filme des fourmis Atta (dites maniocs) qui déshabille un arbre en 2 temps 3 mouvements. Pas spécialement agressives … elles vous mordillent quand même bien les pieds nus si vous marchez dessus. Et grenouilles ou crapauds sont nombreux sous les arbres.

P1020020

2F à Kaw:  C’est aujourd’hui un village de 70 habitants, (1000 paroissiens en 1850), entouré d’un Marais, de près de 100 000 hectares. Village créole en dehors du temps. Peut-être qu’en saisons sèches, il y a plus de touristes. Je repère un carbet (chez Albertine) et un restau (« Gingembre nouveau »), annoncés par le guide de P. Boré.

Un long sentier rectiligne derrière le village permet parfois de voir des loutres géantes voire des jaguars. Je n’y verrai « que » des gros canards musqués, des toucans, mes premiers capucins bruns et entendrai un gros « plouf » Une loutre peut-être…

Kaw

Kaw

A Kaw beaucoup d’oiseaux dont certains rarissimes, et/ou très curieux comme le hoazin : drôle d’oiseau ruminant, (hé oui), dont les poussins ont des griffes à la pliure des ailes pour s’accrocher aux branches (faut dire qu’ils ne sont pas très adroits)

Des caïmans, aussi, de 4 espèces différentes (rouges, gris, noirs et à lunettes). Le plus gros, le caïman noir, devenu très rare en Amérique du Sud, atteint 6 m à condition qu’on le laisse grandir, à raison de 15 cm par an. Je vous laisse calculer ! Pour les voir, il faut aller de nuit en pirogue entre 7 et 10e avec un guide qui connait son affaire : je choisis celui proposé par « Gingembre nouveau » (30 euros pour environ 3 heures)… Il y a aussi possibilité de passer toute la nuit sur l’eau en carbet flottant avec d’autres prestataires, mais c’est plus cher.

La balade sur l’eau de nuit est magique. On attrapera 2 petits caïmans sitôt relâchés bien sûr. Le piroguier me dit qu’il s’agit de « caïman blanc » Diaoul (= diable) : une nouvelle espèce non répertoriée ?

 Etape 3 : Cacao sur la RN2: Les Mongs y sont arrivés dans les années 1970, fuyant les persécutions du fameux Pathet Lao du Laos où on leur reprochait d’avoir collaboré avec les Français puis les Américains en Indochine. Ce qui est vrai.

P1020240

Ceci dit, ils se sont remarquablement bien acclimatés fournissent aujourd’hui 90 % de la production vivrière (fruits et légumes) de la Guyane. Malheureusement, ils utiliseraient beaucoup de pesticides (improprement appelés « produits phytosanitaires »!)

Le marché plein de couleurs et de senteurs du dimanche matin est à voir. Et visiblement ils ont gardé pas mal d’éléments de leur culture d’origine vu l’artisanat vendu par les femmes.

P1020193

A ne pas manquer non plus : le « Planeur bleu ». Un endroit tenu par un instit passionné d’insectes et d’araignées qui fait le dimanche des visites commentées de son magnifique « musée parfois vivant ». Entomologique, herpétologique & agrémenté aussi de souvenirs des bagnards, de vieilles cartes. Certaines cartes sont comiques : elles dessinent des indiens imaginés sans tête, des lions…. Bref tels que les explorateurs s’imaginaient le pays autrefois sans l’avoir complètement découvert visiblement : les Amérindiens ont bien une tête et il n’y a jamais eu de lions en Amérique du Sud.

Hébergement : il y a un carbet, mais il est complet. Comme les autres soirs, imprévoyant, je n’ai rien réservé. Je pourrai aller tendre mon hamac entre 2 arbres en lisière de forêt, mais je décide d’une nuit à l’Hôtel Lotus à 50 euros la chambre, simple mais bien propre.

Rando : un bout du sentier Molokoï part de Cacao. C’est le sentier le plus long de Guyane : 17 km qui peuvent être faits en 2 jours, si on veut prendre son temps, puisqu’il y a un carbet public à mi-chemin. C’est le seul chemin où je vois des pécaris à collier qui s’éloignent de moi en grognant leur réprobation. L’autre espèce, le Pécari à lèvres blanches serait l’animal le plus dangereux de la forêt. Il se déplace en troupe très nombreuse dont le leader n’aime pas du tout voir un humain sur son passage. Il vaut mieux éviter d’y rester, ou grimper dans un arbre. Pas de quoi s’affoler, chez nous aussi son cousin, le sanglier, peut être agressif.

Etape 4: sur la route RN2 vers Régina, je dors au carbet « Blues road » tenu pas des Européens d’origine. Ils sont de ceux qui ont choisi de faire leur vie ici. Un très beau jardin à voir.

Au retour, je passerai 2 nuits au « Balisier », seul comme un pacha dans cet hébergement sur la piste Coralie.

A 120 km de Cayenne se trouve Régina, jolie et calme petite commune sur les bords de l’Approuague.

P1030207

J’aurais voulu aller dans la réserve des Nouragues qui n’est pas trop loin pour y voir la faune, mais y pénétrer est réservé à des scientifiques (zoologues, botanistes, etc…)

A Regina, je visite un petit écomusée où était fabriqué de l’essence de bois de rose. On y montre aussi l’attirail d’orpailleurs d’autrefois et de forestier. C’est ici que je verrai la seule épicerie à n’être pas tenue par des Chinois et où, cerise sur gâteau, on est servi à l’ancienne par le patron derrière son comptoir. Pas de libre-service! Commune jolie et calme.

Quelques km plus loin, la route est barrée par la gendarmerie qui contrôle en permanence les voitures pour lutter en principe contre différents trafic (dont l’orpaillage) Avoir ses papiers donc.

Pas loin de là, il y la Savane Roche Virginie. Après une heure de marche, on atteint un monticule de roche granitique nue qui donne sont nom à l’endroit. [En Guyane la Savane désigne un lieu sans arbre. Il y a 3 sortes de Savanes : roche, marais et sèches]. Ici, un oiseau étonnant que je ne verrai pas ailleurs : l’engoulevent noir qui vit au sommet du dôme rocheux. Le volatile ressemble un peu à un martinet qui volète maladroitement le soir près du sol à la recherche d’insectes. Son mimétisme fait qu’il est difficile à voir et ’il faut presque marcher dessus pour s‘il s’envole et aille se poser quelques mètres plus loin. Près de roches, est aménagé un carbet (sans toit en dur), utilisable donc si on a avec soi son tarp (j’ai acheté une bâche chez Labba, vieux commerçant libanais installé depuis des siècles à Cayenne, c’est dire s’il est vieux !)

Etape 5 : St Georges de l’Oyapock à 70 km de Régina.

Ici on parle beaucoup brésilien. Et, dès qu’on arrive à cette petite ville frontière de 4000 habitants, des passeurs viennent vous proposer leur pirogue pour aller à Oyapock-Brazil (7 euros)

Connue par son pont fini en 2012, ayant couté 200 millions d’euros, il n’est pas encore ouvert à la circulation… Quand j’y étais, les 200 km restant à bitumer côté brésilien ne semblaient plus un problème…jusqu’à ce que l’autorité française exige le contrôle technique pour les véhicules brésiliens, qui sont sûrement loin de remplir les conditions… Il ne faut pas oublier que les normes françaises et européennes s’appliquent ici, souvent en dépit du bon sens.

le fameux pont

Chômage : ici beaucoup de chômage (on parle de 40%, mais chut, c’est officieux) Et des clandestins nombreux . Les « forces de l’ordre » en Guyane sont appelées « caresses guyanaises » (à ne pas confondre avec les yaourts du même nom en vente dans les bonnes épiceries là-bas) parce qu’elles sont beaucoup plus douces que celles du Brésil ou du Suriname qui elles, n’y vont pas par 4 chemins.

P1020760

De la nécessité de prendre une pirogue pour aller à Ouanary ou Camopi : je projette d’aller d’abord à Oyapoque (Brazil) puis à Ouanary ou à Camopi. Je rate la pirogue municipale d’Ouanary et un piroguier m’en demande d’abord 300 puis 200 euros. J’irai donc à Camopi pour 70 euros.

Etape 6 : Oyapoque : On peut y passer 1 jour ou deux. C’est une ville terriblement animée (par rapport à St Georges) et grouillante de monde. Pleins de petits commerces partout, de bouis-bouis où on peut se restaurer pour pas 3 fois moins cher qu’en Guyane. Je vais manger un poisson chez Peixeria de Nice et un steak énorme à Rodeio Grill (en fait c’était pour 2 personnes, mais comme je ne comprends pas le brésilien…)

P1020680

Les gens y sont pauvres : la réputation a fait de cette ville de 20 000 h, un haut lieu du commerce de drogue, de trafic d’or, de prostitution… Je ne verrai rien de tout ça.

Hébergements : de tous prix et de tous looks. Je vais dans un hôtel à 100 réas la nuit.

Animation : elle est dans la rue et dans les commerces. Un petit musée antropo-amérindien est à voir qui vend aussi des objets artisanaux. J’y vois une couronne de chef faite avec des plumes d’aras, pourvu qu’il s’agisse de plumes ramassées par terre.

le port sur pilotis de Oyapoque

Le port sur pilotis

 

Etape 7 : Camopi : est un village amérindien en amont de St Georges. Depuis St Georges pour aller à Camopi, c’est d’abord près d’1 heure de piste jusqu’à Saut Maripa, suivie de 3 ou 4 heures de pirogue de fret, pour un total de 70 euros.

P1030039

On peut aussi faire St Georges/Oyapock/Camopi, avec une pirogue brésilienne c.à.d. en passant par le Brésil, et là ça revient à 57 euros. Tout est décidemment moins cher côté Brésil. Par contre, on se déplacera avec des orpailleurs et des ravitailleurs de leurs bases logistiques. Et quand on sait les dégâts de l’orpaillage en Guyane on a parfois mauvaise conscience de donner son argent au transporteur ?

Villa Brazil

Camopi, c’est côté Guyanais, et en face il y a « Villa Brazil », bourgade côté Brésil toute en longueur au bord du fleuve. Elle a été créée en plein parc national brésilien pour vendre aux orpailleurs, ce qui est toléré visiblement par l’Etat. Ca reste une base logistique, même si l’activité orpaillage s’est un peu déplacée vers Ilha Bella en aval, d’installation tout aussi illégale que Villa Brazil. 3 pépites la passe à Ilha Bella il paraît : les orpailleurs n’ont vraiment pas la notion de la valeur de l’or…

Tourisme embryonnaire : la municipalité de Camopi a souhaité que la commune soit accessible sans autorisation, comme c’était le cas avant 2013. Pour s’ouvrir au tourisme, il y aussi une piste d’aérodrome déjà utilisée par l’armée, mais non encore desservie par Air Guyane pour cause de non-rentabilité. Un sentier de rando est annoncé depuis un moment mais début 2017, il n’y en a pas encore trace. Dommage.

Camopi

Camopi est une commune où vivent Wayampi et Téko. Chaque ethnie a sa langue, mais elles se comprennent, leurs langues étant du même groupe linguistique.

Toute la vie s’y passe au bord et sur le fleuve. Avant, les habitants vivaient de pêche, culture et chasse. Ils étaient beaucoup plus disséminés le long des cours d’eau, voire nomades. Maintenant beaucoup sont regroupés ici et les enfants vont obligatoirement à l’école de la république, jusqu’au collège.

Ecoles : du primaire à la 3ème, les élèves vont avec leurs petits uniformes tee-shirt/short ou jupe sans doute fournis par notre éducation nationale. Ils ont abandonné, hélas, leurs vêtements traditionnels.

Qui a lu « Tristes tropiques » ne verra que trop à quel point les analyses pessimistes de Lévi-Strauss se réalisent. C‘est la fin d’une culture 🙁

Orpaillage : Villa Brazil en tant que base arrière de l’orpaillage a un peu perdu au profit d’Ilha Bella, toute aussi illégale. Beaucoup d’orpailleurs sont maintenant sur la crique Sikini côté Guyane (crique = rivière), face à Ilha Bella.

A noter que l’orpaillage, c’est le mercure dans les fleuves qui empoisonne le poisson consommé en quantité par les Amérindiens. C’est aussi la chasse qui détruit une faune, à l’origine certes variée, mais de tous temps peu dense. Et quand des chasseurs professionnels s’y mettent, il ne reste plus de gibier dans un vaste rayon. Il y en a qui pêchent aussi à la dynamite : on fait mieux comme pêche sélective…

Les orpailleurs eux-mêmes sont plutôt de pauvres bougres misérables, absolument pas le couteau entre les dents et prêts à vous sauter dessus. Ce qui ne veut pas dire que tout ça ne provoque pas de délinquance. Mais à aucun moment je n’ai senti de menace physique, ou d’animosité de leur part. Ceux qui profitent de l’or, c’est bien plus les intermédiaires et tous ceux qui gravitent autour d’eux…

Au delà du problème lié à l’empoisonnement au mercure, (mais ça peut paraître secondaire), remuer les berges provoque une importante turbidité des eaux, empêchant la pêche et la reproduction des poissons…

 

Etape 8 : Kourou & Iles du salut :

L’inconvénient de la seule route (RN2) de St Georges à Cayenne est qu’on doit faire le même trajet en sens inverse. Ce sera d’ailleurs pareil pour Cayenne à Awala-Yalimapo (RN1) à l’extrême ouest.

P1020645

Kourou est connu pour son CNES et ses fusées. La ville est assez récente, propre mais je l’ai trouvé sans charme. Il y a beaucoup d’Européens, de Français, mais aussi de Bretons et de Russes qui utilisent leurs lanceurs de fusées Soyouz et Nova à proximité. Grosse présence militaire de légionnaires et de gendarmes mobiles, [Billet d’humeur : « beaucoup plus nombreux à protéger les installations spatiales, il m’a semblé, que pour lutter contre l’orpaillage clandestin » (une impression sans doute !)]

Hébergement : comme l’hébergement est aussi cher, voire plus, qu’à Cayenne, je choisis de passer mes nuits au carbet « Yalimapo » et d’y manger au gaz camping. Le carbet a pour propriétaire un Amérindien qui a vécu à Huelgoat, marié à une bretonne ! Le gardien est un jeune Saramaka puissamment secondé par 2 terribles chiennes fidèles gardiennes de mon hamac et de ma sécurité la nuit. Il faut dire que je ne suis pas avare avec elles quand je rentre le soir et me fais ma popote.

J’ai trouvé que l’intérêt de Kourou c’était surtout les Iles du Salut, sans oublier toutefois de belles balades alentours (ex : montagne des singes)

Etape 9 : Iles du Salut : en face de Kourou il y a les iles du salut. Ce sont 3 îles qui toutes étaient pourvues de bagnes.

1 Ile royale : c’est l’île principale avec de très nombreux bâtiments, réservée à l’administration et aux droits communs (dont faisaient partie les opposants à Napoléon III !) A voir : pêle-mêle : sa maison des sœurs, son église, son presbytère, ses maisons de surveillants avec femmes et enfants, ses appartements de gardiens célibataires, son hôpital militaire, son quartier pénitentiaire, ses cellules disciplinaires avec sa guillotine (*), ses élevages d’animaux avec son abattoir, ses belles maisons directoriales, son asile d’aliénés (les conditions d’incarcération provoquaient beaucoup de folie), sa piscine pour bagnards, sa carrière d’où les bagnards tiraient des pierres de latérite rouge. (*)Lorsque la lame était tombée retentissait la formule : « Justice est faite au nom de la république » !

2 Iles Saint Joseph : les conditions les plus dures pour les  « incorrigibles ». Le silence était de règle dans les cellules, même le bruit de ses chaines était sanctionné…

3 Ile du diable : aujourd’hui interdite aux touristes, c’était l’île des déportés politiques (Dreyfus, indépendantistes africains ou indochinois, etc…)

Hébergement : on a le choix entre 4 solutions – une très belle auberge restaurant, (ancien mess) -les anciennes maisons des gardiens qui avaient une famille – une sinistre cellule collective du bagne où l’on peut installer son hamac -ou sur un site autorisé avec casque lourd sous les cocotiers … d’où tombent beaucoup de noix.

Généralités sur les bagnes : (quelques éléments que j’ai glané ici et là, dont le guide P Boré)

-Qui étaient les bagnards ? Ceux dont la partie dirigeante de la société (c-à-d la bourgeoisie après la révolution qui a remplacé la noblesse) a voulu se débarrasser à partir de la moitié du 19ème. Des « droits communs » & pas que des enfants de cœur bien sûr (assassins, faux-monnayeurs, cambrioleurs, truands, violeurs)

Faune & flore : ce qui me frappe c’est le nombre de cocotiers (on a eu du mal à les acclimater au départ, et voler une noix valait au bagnard 2 mois de cachot) Il y a partout des grosses pierres taillées par les bagnards. Souvent les bâtiments, dallages, murs sont encore en + ou – bon état. En tout d’innombrables et émouvants vestiges sur une île magnifiquement boisée.

Animaux : de très nombreux agoutis, des aras, des singes. Pour ces derniers, je n’ai vu que des capucins bruns assez peu farouches puisqu’ils se laissent approcher à moins de 10 mètres, l’un me chipe mon pain et un autre mon SMECTA (anti-diarrhéique) que j’avais imprudemment laissé sur la table de mon balcon. Bien fait voleur et bonne digestion…

Ces animaux n’étant pas chassés sur l’île, sont bien moins craintifs que sur le continent. De magnifiques paons, des chats… pour les animaux domestiques.

Etape 10 : Vers Awala Yalimapo, via Sinnamary et Iracoubo La fin du voyage approche. Après avoir accosté à Kourou, je vais vers Awala-Yalimapo.

guyane

J’aurais aimé aller à St Elie, mais c’est la commune la plus inaccessible que j’ai jamais pu voir dans ma longue vie. D’abord on doit quitter la RN1, pour emprunter une route privée sur 25 km. Au bout de laquelle on arrive à un dégrad devant un immense lac artificiel fermé par un barrage EDF, qu’il faut traverser en pirogue. Mais les pirogues sont privées (Cies aurifères, ou commerçants) et il n’est pas évident d’embarquer, ensuite il y a 20 km de piste à faire en 4*4. Pas d’avion, ni de train bien sûr.

Je téléphone à la Mairie qui m’explique qu’il me faut envoyer un mail expliquant qui je suis, combien de personnes il y a et combien de temps je compte rester,… Après quoi, on organisera mon trajet,
Je m’exécute, mais j’attends toujours la réponse.

Je continue donc et, en passant à Iracoubo, je discute avec un Amérindien qui regrette de ne pas avoir le système nord-américain de réserves, eux étant soumis au droit foncier français, dans des communes françaises où leurs pratiques ancestrales, par exemple de propriété communautaire ne sont pas respectées.

Un peu plus loin je passerai par les Pripris de Yiyi, (pripris = marais) qui sont des marais bien plus petits que ceux de Kaw, mais qui valent l’arrêt. J’y vois un des plus beaux oiseaux de mon séjour : un jacamar.

P1030029

Sinnamary… et ses Russes, Ses créoles, sa belle boutique « le Corossol » où on peut trouver une grande quantité de très beaux objets d’artisanaux amérindiens. La commune est assez agréable et quelques maisons sont bien conservées.

Je profite de la proximité des époux Gaucher dont la réputation n’est plus à faire, pour aller leur acheter un des meilleurs miels que j’ai jamais gouté : celui de forêt amazonienne, qui supplante en force les 2 autres variétés proposées (de savane et de mangrove) et au marché, j’achète à une vieille créole une bouteille de jus de canne fait maison pour me faire du ti-ponch (20 euros quand même, s’embête pas, peut-être parce que je suis blanc ?)

L’élevage : la terre est pauvre en Guyane, l’impression d’exubérance végétale est trompeuse. Le sol est très acide et pauvre, ce qui explique qu’il y ait peu de bétail. Cependant des exploitations existent avec de zébus et des buffles.

80% des cultures en Guyane seraient en abattis (= cultures sur brûlis)

Awala Yalimapo : située à l’embouchure du Maroni, donc à l’extrême ouest du pays, la commune purement amérindienne, (des Kali ‘na) est aussi renommée aussi comme site de ponte des tortues marines.

En février, ce sont les tortues vertes qui viennent pondre la nuit. Elles ne font que 200/300 kg, petits gabarits en comparaison des énormes tortues Luth dont les plus gros spécimens atteignent 800/900 kg.

Je dois me contenter donc de ces naines vertes qui trahissent leur passage nocturne par des traces laissées bien visibles remontant la plage. Souvent ces traces décrivent un demi-cercle pour revenir à la mer, sans se poursuivre jusqu’au haut de la plage, ce qui montre que l’animal a fait demi-tour sans pondre.

En effet il est fréquent que l’animal soit dérangé. Quand la tortue sort de l’eau, on ne doit pas se mettre sur son passage mais la suivre avec une lampe frontale à lumière rouge pour ne pas l’effrayer. C’est ce que je fais avec une tortue vue le soir vers 10 h. Du coup, on ne voit rien sur mes photos. L’animal se traine jusqu’au haut de plage et commence à creuser avec ses pattes arrières, les racines des hautes herbes gênant le travail. Je m’endors 2 heures plus tard sur le sable près de ma tortue qui creuse toujours. Le lendemain, je verrai ses traces de retour vers l’eau. Elle a donc réussi à creuser suffisamment profond pour pondre.

Les sympathiques vautours sont nombreux sur la plage (des urubus à tête noire pour qui la nourriture doit donc être abondante, mais de quoi se nourrissent-ils ?) et les moustiques aussi le soir autour de ma moustiquaire heureusement hermétiquement étanche. Beaucoup d’oiseaux de bord de mer aussi. Et des chiens. Il faut dire que les gens ici ne les noient pas à la naissance. Mais le coin est beau.

Ce que je changerai: mon itinéraire m’a beaucoup plu. Je regrette de ne pas avoir eu plus de temps pour aller à Saül, à Ouanary, aux Tumuc Humac, dans d’autres coins plus reculés. Mais je ne me prends pas pour Raymond Maufrais !

 

Les Coups de cœur : 

  • La bouffée de chaleur quand on sort de l’avion après un départ de la laide, froide et humide banlieue parisienne.(Passer d’1 température de 0 à Combrit (Finistère) à près de 30 à Cayenne !)
  • Les vastes marais de Kaw.
  • La grande forêt.
  • Coup de cœur douloureux : les Amérindiens car ils perdent leur culture et sont soumis au droit, à l’administration et à la culture française. J’emploie le mot « Amérindien » par commodité, mais en fait ce sont 6 peuples autochtones distincts avec leurs langues, leurs cultures : Wayampi, Téko, Kali’na, Wayana, Lokono & Pahikwaneh.

Retrouvez tous les itinéraires de Mi-K en cliquant sur son avatar ou ici. N’hésitez pas à commenter cet Itinéraire Guyane 1 mois!